L’histoire

L’histoire

Tout ceux qui s’intéressent au patrimoine brassicole de notre pays ont forcément entendu parler de la brasserie du Fort Carré.  Fondée en 1796 à Saint-Dizier dans le nord de la Haute-Marne, la Brasserie du Fort Carré employait jusqu’à 1500 salariés au plus fort de son activité industrielle. Dans les années 50, un demi-million d’hectolitres de bières sortaient de ses cuves chaque année.

En 1890, les dirigeants entreprennent d’y adjoindre une malterie qui, fait relativement rare pour l’époque, bénéficie déjà de l’apport de l’électricité. Parmi les plus importantes de France, elle dispose d’une capacité de traitement de 5 millions d’orge par an.

 

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L’industrie de la bière à Saint-Dizier remonte au moins au début du XVIè siècle. L’histoire raconte en effet que François 1er, lors de son passage dans la cité bragarde, en 1544, pour une campagne militaire, s’était arrêté pour déguster de la bière. La vignette représentant la marque de fabrique de la brasserie du Fort-Carré retrace cet épisode.

Depuis la guerre, la brasserie a subi de nombreuses transformations, principalement dans ses bâtiments ; et c’est encore tout récemment, en 1933, que les dernières constructions furent achevées. Le capital de la maison s’accrut aussi, passant de 7.500.000 francs à 10.000.000 de francs.

A la brasserie proprement dite, il faut ajouter la malterie qui, par son importance, occupe une grande place dans l’activité de la société.

Située à une des extrémités de la ville, la brasserie occupe une situation assez privilégiée, car elle a été construite à proximité du canal et la place ne lui a pas été mesurée : elle s’étend en effet sur une superficie d’environ un hectare.

La brasserie n’est pas reliée directement par une ligne spéciale au chemin de fer de l’Est ; à la gare, il y a seulement un rail pour le chargement et des wagons à la libre disposition du Fort Carré ; le transfert des fûts ou des caisses de bière, de la Brasserie à la gare, se fait sur des remorques tirées par des tracteurs.

Pour le transport régional, ou même pour des départements plus éloignés, la Brasserie possède :

–  6 tracteurs poids lourds

–  3 tracteurs Diesels

–  22 remorques

–  1 camionnette pour la ville

–  1 camionnette pour la gare

–  2 voitures à glace hippomobiles de un cheval de trait chacune

Quoique étant placée géographiquement à 220 km à l’est de Paris, la Brasserie jouit d’un grand dé bouché avec la capitale et, comme nous le verrons plus loin, la consommation de sa bière s’étend dans les parties de la France les plus éloignées de la Haute-Marne. Quant à la vente des bières de luxe , elle a même lieu à l’étranger.

A Saint-Dizier, l’entrée des bureaux de la Brasserie se trouve rue des Alliés. L’entrée des services, c’est-à-dire la grande entrée, se trouve sur la face nord des bâtiments, rue Lamartine. De l’autre côté de la rue, se trouvent, le long du canal, les entrepôts de charbons et d’essence, amenés directement par péniches.

Dans le groupe de bâtiments, nous trouvons à l’est la salle des machines, surmontée du château d’eau.

A l’ouest, les hangars automobiles et les ateliers de réparations.

Au sud, c’est-à-dire en face de la grande entrée, en allant de l’ouest vers l’est :

–  la quai d’arrivée des cannettes et des fûts vides

–  le bureau d’expéditions

–  le quai de départ des fûts pleins

–  la salle de brassage

–  les générateurs

–  les machines à vapeur

Près des bâtiments réservés aux bureaux, nous trouvons les dépôts de fûts et les ateliers de lavage et goudronnage des fûts (…)
La malterie enfin est séparée de la Brasserie proprement dite d’environ 250 mètres, à l’est de celle-ci.

Extrait du Mémoire sur la Brasserie du Fort-Carré Saint-Dizier Par P. DE GUILLEBON – E.S.S.E.C. OCTOBRE 1937

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La publicité fait son apparition au début du 20e siècle.  Les dirigeants ont alors la bonne idée de faire appel à l’illustre affichiste Capiello pour relancer la marque. L’artiste devait notamment utiliser l’effigie de François 1er qui, d’après la légende, aurait prononcé « Ah, les braves gars » lorsqu’il appris que les habitants de Saint-Dizier avaient vaillamment défendu leur ville devant le siège de l’Empereur Charles Quint en 1544. Par déformation, l’expression serait à l’origine de « bragards », le nom que portent les habitants de Saint-Dizier. 

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Note de contexte historique : Dans cette affiche réalisée pour la brasserie du Fort-Carré de Saint-Dizier, Cappiello fait appel à l’un des épisodes historiques les plus marquants de la ville de Haute-Marne. A l’occasion des incessantes guerres opposant François Ier à son rival espagnol Charles Quint, la ville de Champagne, alors située à la frontière du royaume de France et du Saint-Empire, est en juillet et août 1544 le théâtre d’un siège mené par les troupes espagnoles et bavaroises de l’empereur. La résistance de la cité lui vaut de la part de François Ier des récompenses honorifiques et matérielles. Le roi-chevalier autorise ainsi la ville à porter la devise « Regnum sustinent » (« Ils soutiennent le Royaume ») et lui accorde une exemption de l’impôt de la taille pour une durée de six ans. La tradition populaire locale, très attachée à la figure de François Ier, ira jusqu’à prétendre que le gentilé des habitants de Saint-Dizier, nommés les Bragards, dérive de la contraction d’une exclamation attribuée au roi de France à l’annonce de la résistance de la ville : « Ah, les braves gars ! ». Cappiello utilise cet épisode marquant pour mettre en valeur un fleuron de l’industrie locale, la bière du Fort-Carré. Outre le personnage de François Ier aisément reconnaissable, la mention « anno 1544 » (« en l’année 1544 ») donne la clé de lecture de l’affiche. L’humour n’étant jamais très loin dans l’art de Cappiello, l’affiche nous montre un souverain visiblement satisfait s’apprêtant à se désaltérer d’un verre de bière, sans doute à la santé de sa bonne ville de Saint-Dizier. Créée en 1796, la brasserie du Fort-Carré comptera jusqu’à 1500 employés et occupera ainsi une place importante dans le paysage industriel local. Elle utilisera encore le motif de Cappiello pour le décliner en objets publicitaires, notamment dans une série d’éventails. 


Primées de nombreuses fois ( Bruxelles, Turin, Londres San-Fransisco…), les bières ( La Saint-Dizier, la TigerBier, la Monarch, la Goetterbier)  qui sortaient des cuves de cette brasserie, étaient particulièrement prisées des amateurs. On disait même à l’époque qu’il s’agissait des bières parmi les plus digestes d’Europe.

Malheureusement, au gré des regroupements, la Brasserie du Fort Carré devait être absorbée en 1953 par la SGB des grandes malteries de Champigneulles. Une partie des bâtiments seront alors rachetés par l’entreprise Miko qui y poursuivra une autre saga alimentaire…